27
déc 10

Épisode 31 : La première gorgée de bière

Fin des hostilités. Entracte… En attendant de jardiner ?

Il y eut un soir. Il y eut un matin. Et ce jour-là, la douche ne s’est plus éteinte quatre fois en moins de cinq minutes. Les prises ont donné du jus ; les interrupteurs, allumé des lampes. Belette a pu cuisiner ailleurs qu’à la bougie, en grelottant dans la caravane, et même manger à l’abri… La perspective d’une étagère pour les livres orphelins depuis des lustres se profile à l’horizon.

Après ces cinq années de parcours du combattant, de « Ma P’tite Dame », de retards, menteries et rendez-vous ratés, BB n’en revient pas de tant de bonheur. Assise devant le poële qui ronronne… Les épaules toujours tendues à craquer, elle voit défiler les centaines de coups de mains offerts par des inconnu(e)s, des fidèles, des pros, des « incapables de bricoler » qui s’y collent par solidarité…

Ils ont été si nombreux à se relever les manches, devant sa mine effarée, pour lui offrir une heure ou deux de boulot.

Et les cadeaux sur les escaliers !

Le pain frais posé par les voisins.

Les champignons cueillis, nettoyés, découpés, prêts à rissoler offerts aussi…

Les premières buches pour la flambée, posées sous la maison, avec un mot doux.

Les outils qui manquaient, amenés l’air de rien «  j’en avait deux, j’ai pensé que ça pourrait te servir… »

Des dizaines de sauvetages inespérés, oui. Sans eux, où en serait-elle ? Tite larme. Coup de Rhum. Ah! L’amitié, la vraie.

Et ce soir-là, pour la première fois depuis des mois, Belette peut dire à quelqu’un qu’elle connait à peine, avec qui elle a envie de continuer la conversation :

- Passe par la maison avant de reprendre la route. On se bricolera quelque-chose à manger…

Quand elle prononce ces mots, comme une écluse lâche sous sa carapace de rêveuse bâtisseuse. Elle qui vit comme une bête depuis près d’un an, elle vient, d’un coup, de retrouver son humanité.

Quand elle trinque avec son invité et avale cette « première gorgée de bière », elle réalise comme elle en a, vraiment, mais vraiment, bavé… Et combien elle va se régaler à partager ce lieu magique avec les gens qui lui feront l’amitié de se détourner pour échanger quelques bulles de rire, d’émotion et de beauté.

Flower Power… Yesss !

- Heu… Flower Power BB ? Sussure une voix off qu’elle n’avait pas entendue depuis un moment.

- Quoi Belzébuth ? Quoi ??? A la niche ! Explose Belette

- C’est pas pour faire le rabat joie, mais… Minaude le Malin.

- Très drôle. Tu ne vas pas me faire le coup de l’ange, mhhh ? Pas à moi !

- Ange déchu, mais ange quand même, que tu le veuilles ou non ! Se marre Satan. En attendant, pour les fleurs, tu repasseras ! T’as vu à quoi il ressemble ton jardin ?

Les chevreuils, les passereaux et accessoirement 007, ça les botte, la jungle d’herbes folles qui entoure la case perchée. Parfait pour la biodiversité, les salades sauvages et le compost.

- Le gazon ne passera pas par moi. Grogne BB.

- N’empêche, faudra bien t’organiser un accès jusqu’à la maison : Quand il pleut, on ne passe qu’en barque… Ou alors préviens tes amis, qu’ils prennent des échasses…

Un accès à la maisonnette et un semblant de terrasse, histoire de ne pas se casser la patte chaque fois qu’elle sort de chez elle. Veut, veut pas, ce sera incontournable. Et puis un potager… En attendant, BB souffle et se répare les mains, OK ?

Quand elle s’y remettra, Belette tâchera de reprendre aussi son récit… Ceux qui aimeraient continuer à suivre ses péripéties peuvent lui laisser leur adresse internet à : contact@belette007.net

Biz à tous et belle année 2011. Qu’elle vous soit « douce, jubilatoire et joyeuse ».

PS : Que le diable et les empêcheurs de danser en rond le veuillent ou pas … Peace and Love, les p’tits loups ! Ne vous laissez pas emberlificoter, la vie est magnifique !


21
déc 10

Prochain épisode…

Le 27 décembre à 0h007.


20
déc 10

Épisode 30 : Le nirvana de la prise de terre

Extases électriques et con(sen)suelles…

À peine Criss le Coach a-t-il validé l’installation électrique que Belette se précipite poster le dossier de demande de contrôle auprès du Consuel. Timbrée au double du poids – deux précautions valent mieux qu’une lettre perdue…– l’énorme enveloppe est glissée dans la boîte aux lettres tandis que BB scande des invocations Inuit. Quelques signes cabalistiques sur le paquet et :

- A Dieu vat’, les dés sont jetés !

Le Consuel, pour l’auto-constructeur, c’est le Gévaudan, le Dahut et le Yeti réunis. L’hydre à neuf têtes, l’homme invisible et le Sphinx. La terreur absolue.

Dans les veillées des apprentis bâtisseurs, même les plus aguerris baissent le ton et prennent l’air grave en prononçant son nom. Chacun connaît quelqu’un qui a eu maille à partir avec un contrôle lourd de travaux à recommencer.

La norme, par endroits aussi remaniée qu’absconde, peut être appliquée de mille manières. Or seule l’interprétation agréant au contrôleur serait considérée comme recevable.

Si l’apôtre du bon ordre électrique n’entend pas le texte de la même façon que le particulier, c’est sa version qui l’emporte. Au vulgus pecus de se plier aux « recommandations » et de refaire son installation.

Irrationnel, le couperet tomberait au hasard. Sur les particuliers, en général.

- Tout ça pour nous dissuader de faire tout nous-mêmes !

- Question de sécurité, mon oeil !

- Grand complot, oui ! Ils favorisent les pros !

- Lobbies à gogo… Le système nous broie !

- Résistons !

- Désobéissons !

En attendant, 007, comme les copains, doit en passer par les fourches des gendarmes du 220 pour pouvoir se brancher au réseau. Pas d’attestation du Consuel, pas d’ERDF. BB se prépare donc au pire tout en planifiant les dernières bricoles listées par le Coach à paufiner avant la venue du grand méchant loup.

- Tu as au moins un mois pour finir tes bricoles… En général, ils te font poireauter. Sont pas pressés les gars ! Jurent ceux qui sont déjà passés par là.

Quatre jours après l’expédition du dossier, réponse portée par le facteur : le contrôle est prévu pour le lundi suivant. Bien la première fois que les choses se passent plus vite qu’escompté…

Restent donc 72 heures pour refaire la prise extérieure, vérifier la lampe du jardin, organiser les étiquettes de la GTL et poser la porte des toilettes ( oui, cela a à voir avec l’électricité, ne cherchez pas ! Affaire de distance entre interrupteur et robinets ).

Panique à bord. May Day aux copains doués de leurs mains. Mister M. à la rescousse, déboule de son paradis des brumes. Week-end chargé. Le lundi, à l’heure dite, Criss et Belette, le petit doigt sur la couture du pantalon, attendent leur homme.

Belette révise ses schémas et ses mesures tout en relisant pour la dix-huitième fois la convocation… Une mention en lettres minuscules lui avait échappée :

« Si le chantier n’a pu être trouvé, les frais supplémentaires engagés seront à la charge du demandeur de l’attestation de conformité. »

- Corne de bouc ! Je leur ai envoyé trois plans détaillés mais jamais personne n’a trouvé la case du premier coup. Pas question de le laisser filer… Action !

Belette confectionne deux panneaux géants qu’elle fixe à l’entrée du chemin. Pour plus de sécurité, elle se place elle-même sur la route. « Le contrôleur se présentera dans une Twingo blanche immatriculée… » précise la lettre.

- La voilà !

BB, les bras en croix, se jette devant ses roues.

- Vous avez un problème, s’inquiète le pilote.

- Vous êtes le contrôl’Consuel ? Tac-o-tac Belette.

- Oui…

- Génial ! C’est ici…

- Heu, je m’en doutais, vue la taille des panneaux…

- On ne sait jamais, je ne voulais pas que vous vous perdiez !

Raide comme la justice, le conducteur suit l’agente  marchant au pas dans l’allée. Façon corbillard. Arrivés à la case, visage concentré, à la limite de l’ennui, Mr Consuel s’extirpe de la twingo et entame une sorte de danse rituelle… Propos mécaniques, gestes calculés.

- Vous a-t-on expliqué comment je vais procéder ?

- Je m’en doute un peu…

- Je vous explique.

Topo genre visite guidée de musée roumain. Au poil près, sans fantaisie.

- Avez-vous des questions ?

- Non, non… Tout semble clair. Voici les plans… Bredouille Belette plantée dans la boue devant la voiture.Comme deux ronds de flan tandis que le justicier de l’élec sort ses instruments, bidouille à 100 à l’heure au pied des pilotis.

- C’est Lucky Luke… Se marre 007. Il travaille plus vite que son ombre…

- Puis-je entrer ? Interroge le contrôleur, très « grand siècle ».

- Faîtes, faîtes !

- Je n’en ferais rien. Je vous suis.

Révérence. Ouverture de porte. « Après vous ». Belette en est à se demander si elle va le laisser arpenter la case avec ses godillots boueux ou si elle va le faire se déchausser, comme les autres, quand… Elle le voit déposer ses jouets sur le parquet neuf, s’immobiliser et sortir de sa poche des minis-chaussettes bouffantes qu’il enfile par dessus la boue et les mocassins.

- Alors là, chapeau ! S’incline Belette à voix haute.

- C’est la moindre des choses… Quelle est la mesure de la terre ?

- 21 n’home !

- C’est ce que j’ai mesuré aussi.

Sherlock Holmes marque un point. BB se détend un brin et le laisse faire son affaire tout en restant dans le secteur, histoire de lui montrer les prises et les points lumineux cachés. Les dentelles sont planquées, les talons remisés, l’étage est nickel et sent l’encens relaxant. Criss assiste le marathon-man de la prise de terre.

En cinq minutes chrono, l’installation est mesurée, les chiffres notés.

- Félicitations, Mademoiselle.

- Vous demande pardon ????

- Félicitations, Mademoiselle. Du beau boulot. Rare, les autoconstructeurs qui, gna gna gna… Bonne fin de journée.

La Twingo disparaît dans l’allée. Criss et BB, muets de félicité, débouchent une bouteille. La bataille de l’élec est gagnée. « Ya plus qu’à » voir avec ERDF et Enercoop (*), le fournisseur de courant.

- Un « félicitations » PLUS un « Mademoiselle » dans la même phrase, à nos âges…. C’est l’orgasme. Commente Bulle de Passage.

- Double, oui ! Yeeehaaaaaaaaa….

(*) : Fournisseur d’électricité coopératif garantissant des KiloWatts verts. Oui, M’sieurs Dames ! Du 100% renouvelable, à peine plus cher que le bricolage d’atomes ou le fuel…


14
déc 10

Prochain épisode…

Lundi 20 décembre 2010, à 0h007.


13
déc 10

Épisode 29 : Le luxe, c’est l’eau chaude.

Chauffe, Oh! Gaz. Chauffe !

Semble. Le chauffe-au-gaz semble fonctionner. Il chauffe même. Bien, fort, à pleine flamme, avec un joli ronron de bonne augure. Pendant quatre à cinq secondes. Le temps que le détendeur déclenche sa soupape de sécurité et coupe l’alimentation. Les quatre secondes suivantes, l’eau est encore tiède, puis – pas de flamme, pas d’eau chaude… – la manne sortant du robinet est à nouveau… glacée.

- Très bon pour les tendinites, Belette ! Applaudit Jon’ le Quiné. Les douches écossaises, c’est Ex-A-Ct-Ement ce qu’il te faut.

Sauf qu’après tout ce cirque, l’agente ne l’entend pas de cette oreille. Du tout. La douche écossaise, elle n’est pas contre, contre, mais elle aimerait en prendre une quand ça la chante. Pas quand le chauffe-eau décide. Elle veut bien lâcher prise, s’en remettre au cosmos etc, mais… il ne faudrait tout de même pas pousser 007 dans le lac gelé !

- C’est éco-logique, tu ne chauffes que l’eau dont tu as besoin, bien. Mais c’est un peu capricieux ces bêtes là… Avait lâché Flux en vidant les lieux, la dernière fois. Il faudra que tu apprennes à t’en servir.

Belette ne s’avoue pas vaincue. Le nez sur la machine, elle actionne le robinet le plus proche sur tous les tons.

Très vite, très fort. Le chauffe-eau rugit, crache un flot tidéasse qui s’évanouit aussitôt.

Tout doux, crescendo. Tardant à se lancer, la flamme explose d’un coup, manquant mettre le feu au plan de travail, l’eau est brûlante un instant et puis… plus rien.

Entre les deux, un coup de manette en douceur, puis d’une main ferme, faire monter la pression? Oui ! L’évier glougloute comme un nouveau né au bain. L’eau – raisonnablement – chaude, abonde.

Quelques dizaines d’essais plus tard, BB croit avoir dompté le brûleur, le détendeur et le mélangeur. Étape suivante, répéter l’opération dans la douche, d’où il est difficile de voir l’appareil.

Nue dans la baignoire, un sourire d’extase sur le visage, Ta, ta ta… Belette lance sa première douche domestique. Qui s’interrompt au bout de 9 secondes exactement ( soit 4s. Chaudes. 4s. Tièdes. 1s. Gelée. ) Grelottante mais confiante, l’agente flic-floc sur le parquet neuf pour relancer le chauffe-eau.

Au bout de sept aller-retours, elle capitule, se rhabille, prend un grog et cogite.

- Idiot de ne pas avoir appris à manier le mélangeur de la douche avant de se déshabiller. À l’avenir il faudra se montrer plus prudente.

Marathonienne du démarrage sur surface mouillée, elle passe des heures en aller-retours cuisine-salle-de-bain pour tenter de faire marcher le chauffe-eau. Au bout d’une semaine, elle a réussi à se laver, au mieux, à l’eau tiède, et n’a pas osé tenter le shampoing. Il fait -5°C. Trop risqué.

Alors ? Retour à la ligne verte « conseil technique du fabriquant » quelque part vers Carcassonne. Accent chantant au bout du fil.

- Alllooo, Mr Avril ?

- Mai ! Ce n’est pas grave…

- Si, si toutes mes excuses, Mr Mai.

- Faites ce qu’il vous plait, de toutes façons, ce n’est pas mon vrai nom. C’est un pseudo-d’emprunt. Pour ne pas nous sentir visés quand les clients nous insultent…

- Vous insultent ? S’étrangle Belette.

- Pas de panique ! Il me semble avoir reconnu votre voix, c’est vous, la miss qui fait sa maison toute seule en Bretagne, mh? Alors, ce chauffe-eau ? Royal, hein ?

- Ben, je dois mal m’y prendre, mais… Voilà ! ça coupe tout le temps.

- Quelle bouteille avez-vous prise ?

- Les petites. « Cubes », « Cubic » je ne sais plus comment ils les appellent. Les légères, vous savez.

- Ah, je vous avais dit, les 13kg, c’est mieux !

- Oui, je me souviens, mais si c’est pour qu’elle reste dans le coffre de la voiture, ça ne va pas chauffer grand chose. A moins d’acheter un très long tuyau de gaz et de débrancher à chaque fois, mais alors, ce ne sera pas pratique.

- En effet. Mais les grandes bouteilles, ça marche vraiment mieux.

- Je ne suis pas du métier, soit ! Mais pourriez-vous m’expliquer en quoi une bouteille carrée de 7kg fonctionne moins bien qu’une ronde de 13 kg ? La dernière fois, nous avions eu cette discussion et vous aviez conclu en disant qu’après tout l’appareil devrait fonctionner. Ce n’est pas le cas, donc j’aimerais comprendre où ça bug.

- Mhhh, comment dire ? Hésite le conseillé.

- Dites !

- Quel détendeur avez-vous mis dessus ?

- Le détendeur classique 28Mb débit 1,3kg truc muche, comme on a dit.

- Oui… Justement, ça marcherait mieux avec un détendeur 28Mb, débit 2,6Kg chose.

- Ca aussi, vous m’en aviez touché deux mots, la dernière fois. Donc j’ai cherché  la perle rare, sans succès. Or, s’il m’en souvient bien, vous aviez estimé que le 1,3kg bidule devrait faire l’affaire.

- Oui, mais ça n’a pas l’air.

- Non. C’est le moins que l’on puisse dire. Je pèse mes mots !

- ….Donc il faudrait changer le détendeur.

- C’est ballot je viens d’acheter celui-ci ! Rage BB, qui se ressaisit aussitôt, histoire d’avoir le fin mot de l’affaire. Elle reprend, très urbaine : Pas grave, pas grave, où puis-je trouver le bon détendeur, donc ?

- Chez nous, on en vend.

- Vous m’en mettrez une demie-douzaine, svp ? Vais les encadrer…

- En fait, on les vend sur le site internet. Je ne peux pas prendre la commande en direct, s’excuse Mai, très pro-standardisé. Il suffit de taper www.http slash, slash…

- Hop là ! Je vous arrête tout de suite. Cette fois, pardonnez-moi, mais on débrouille le smilblick ensemble, pas envie d’avoir à vous rappeler… ok ?

- Allons, alors…

Le site est introuvable, puis très, très lent, Mr Ne-te-découvres-pas-d’un-fil s’impatiente, puis sentant qu’il ne s’en sortira pas à si bon compte, prend le temps qu’il faut.

- Voilà, voyez, c’est pas compliqué : Détendeur 28Mb, 2,6kg machin, 25 Euros port inclus, livré sous 48h. C’est ce qu’il vous faut.

- Je l’ai vu celui-ci… Mais il ne s’adapte pas sur les petites bouteilles, Mr Avril.

- Mai.

- Mr Mai. Je croyais que vous vous en fichiez…?

- C’était pour gagner du temps.

- Je vois.

- En effet. Ce détendeur ne s’adapte pas sur les bouteilles carrées de 7kg. C’est pourquoi je vous disais que les rondes, de 13kg, c’est mieux.

- Récapitulons. Donc je dois acheter le bidule, changer de bouteilles alors que je viens de m’équiper de neuf, et trouver un gaillard pour m’aider chaque fois qu’il n’y a plus de gaz pour me laver ?

- Je crains bien que oui.

- Mai ?

- Voui.

- Je voudrais comprendre pourquoi vous m’avez laissée essayer avec les petites bouteilles ? Si vous m’aviez dit tout ça clairement il y a un mois, on aurait gagné un temps fou et je n’aurais pas passé des heures à me geler sous la douche en vous traitant de tous les noms…

- Je sais, mais… Vous aviez l’air d’en avoir tellement envie, de ces « cubes » de 7kg !  Je n’ai pas eu le coeur à vous décourager. Yé né yamais rien su refouser aux femmes… Surtout quand elles ont une jolie voix comme vous…

….. Soupir épuisé de Belette. Long, long silence.

- Vous n’êtes pas fâchée au moins ? Relance Monsieur Conseil d’une voix de gosse.

- Nan, Nan ! Je commande le truc et j’essaie. Si ça ne marche pas, vous allez m’entendre, avec la grosse voix même ! Et en attendant, un conseil : changez de métier : faites-vous embaucher dans une boîte de téléphones roses…


07
déc 10

Prochain épisode…

Lundi 13 décembre 2010 à 0h007.


06
déc 10

Épisode 28 : Et si le luxe, c’était l’eau chaude ? ( suite )

Joies des modes d’emplois.

L’eau coule désormais DANS la maison. Dans la douche même. On y est douillet, à l’abri du vent, des gouttes, mais… elle reste froide ! Or la miss’tinguette qui rêvait d’une vie au vert, dans la nature, en osmose, tout ça, et donnait des leçons de « vie simple » à qui voulait l’entendre, et bien ça ne lui suffit pas. Non. Elle râle que l’eau n’est pas assez chaude. S’embourgeoiserait-elle ? Au risque de se décevoir elle-même, peut-être bien qu’Oui.

En été, l’eau froide jusqu’à 10°C de température extérieure, OK. Exceptionnellement, dans un ruisseau ou un lac des Pyrénées ou de l’Himalaya, les ablutions à 3°C, passe. Mais dans sa cabane, alors que les premières neiges tapissent le « jardin » et que ce cher chauffe-eau, durement cogité, choisi, commandé, payé et livré depuis deux mois, n’attend que d’être monté : c’est ballot, mais ça la met en pelote.

À Flux, introuvable, elle refait le coup de la concurrence. Peu élégant mais efficace :

- Le Chat Malo, mon second plombier, est dispo toute la semaine, il a pitié de mes petons bleutés et du reste… Et se propose de passer monter le chauffe-eau, cela te froisserait-il ?

Flux déboule le lendemain.

- Pas qu’ça à faire, il est où le machin ?

- Ici.

- C’est quoi cette marque… encore un truc pas cher !

- Heu… Bonne critique sur les forums et pas si bon marché que ça, au demeurant.

- Grmeumeuleu… Même pas déballé ! Perte de temps… Grrrr

Choc, bing, pof. Flux maltraite le carton, fait valser bulles et… Chauffe-eau, qui rebondit sur le sol, perd deux, trois boulons et s’immobilise, la tôle en bataille, à deux mètres de son dompteur… La machine à chauffer la douche n’a pas l’air commode, en effet.

- Un petit café avant de s’y coller ? Roucoule BB.

S’étant montrée un tantinet directive lors de leur dernière séance de travail, elle tente de se rattraper, histoire de soigner son karma…

Un café plus tard, donc, Flux entreprend l’espagnole à demie assoupie. Pas le temps de s’échapper : livrée à sa poigne de fer, elle capitule. Flux remonte au jugé les tôles évadées.

- Où est la notice ?

- Dans le tas de cartons, je suppose. Voilà !

- Fais voir… Éructe l’homo ça-pince.

Pas décidée à subir la mauvaise humeur du guss, 007 s’éclipse et se remet discrètement au travail. Le sien. Le nourricier. Elle a reposé les mains sur le clavier de l’ordinateur depuis quarante-cinq secondes quand un hurlement la fige.

- Belette ! Plombier, oui. Traducteur, non. Ta notice…. Elle est en espingouin !

- Pas de souci, je vais y jeter un oeil… Hablo espanol, Hombre !

…. ???? ….

Un chouïa technique, le vocabulaire, surtout à froid et sans dictionnaire. Belette se rétracte.

- A tout bien y regarder, ce n’est pas une bonne idée, Flux. Vais téléphoner à Mr Mai, le conseiller technique de la boîte espagnole. On est presque copains, à force…Je l’ai appelé plein de fois pour lui demander des détails sur ses machines. Devrait m’arranger ça. En attendant, tu peux peut-être fixer la boîte au mur, ça ne mange pas de pain et on gagne du temps ? Suggère l’agente, voyant l’heure tourner et, de café en clope, le chantier patiner.

Lâchant donc à nouveau son propre ouvrage, elle se pend au téléphone du fabricant de chauffe-eau. Occupé. Rappelle. Piste inlassablement l’homme de l’art, parti au fin fond d’un atelier.

- Rappelez demain il sera moins pris… L’expédie la standardiste.

    ….

    Ha c’est urgent ? Essayez dans 10 minutes alors.

BB y passe une partie de l’après-midi, use le reste de sa patience, mais finit par poser les 50 pages imprimées, en français, devant Flux affairé.

- Qu’est-ce que c’est ?

- La notice, Monsieur.

- Ha, Oui… Au fond, je n’en n’ai pas besoin tout de suite ! Pas sûr de finir aujourd’hui de toutes façons. Conclue-t-il, magnifique.

Belette fait semblant de ne rien entendre. La dernière fois, son accès de rage envers l’inconstant avait eut, certes, le résultat escompté, mais elle avait mal digéré de s’être laissée entraîner à un tel excès de violence. Elle, la pacifique. La Peace n’Love. Elle qui-n’écrase-pas-les-moustiques-et-sauve-les-araignées-de-la-noyade-dans-l’évier… Se voir ainsi dépassée par son agressivité, pour une bête affaire de tuyaux !

La nuit passée à réciter des mantras à plat ventre, les bras en croix, dans l’Abbaye la plus proche n’avait réussi qu’à lui donner des idées troubles : Moines, lumière tamisée, cierge pascal, « Ceci est mon corps…. » COUPEZ !

Le matin, elle était toujours aussi mortifiée, pas plus pacifiée qu’avant et frigorifiée. Les bons pères lui avaient offert une douche chaude et l’avaient laissée repartir en se grattant la tonsure, perplexes.

Elle s’était finalement absolue toute seule. Bonnes résolutions, méditations sur l’amour universel, etc. N’empêche, il ne faudrait tout de même pas que Flux la pousse de trop dans ses tranchées…

- Self control, Belette ! Se répète-t-elle ce soir là, quand Flux repart sans avoir branché l’eau chaude – ni jeter un oeil à la notice, d’ailleurs.

Elle ne mouvte pas. Bise. Risette. Crispée mais garde la face.

- Je reviens lendemain. Matin. Promet Flux, en s’éclipsant dos au mur, prudent.

Le lendemain, il se pointe à 14h et finit par connecter tuyaux d’eau froide, chaude et gaz. Pas trop sûr de lui, visiblement, mais il tire quelques litres d’eau tièdes, voire, chaudes, du robinet de l’évier. L’ensemble semble fonctionner.

Semble.


30
nov 10

Prochain épisode…

Lundi 6 décembre à 0h007.


29
nov 10

Épisode 27. Et si le luxe, c’était l’eau chaude ?

La cigale et la Belette s’en vont à la fontaine...

Mr Flux est danseur-plombier. Surtout danseur, en fait. Depuis que tout est carrelé carré, étanche, dans la cuisine et la salle d’eau – comme il l’avait demandé – plus moyen d’attraper l’animal. Messages, re-messages, mots doux, roucoule, gentillesse et tout et tout. Flux file, s’écoule, glisse, fuit.

- Que faisais-tu aux temps, chauds, Flux, Flux ?

- Je dansais, ne t’en déplaise, Belette !

- Tu dansais, j’en suis fort aise… Moi je chantais sous le jet d’eau.

- Ca garde la ligne. C’est rigolo…

- Oui, Flux, mais… Mes tuyaux ?

- Suis au Maroc, un festival d’art de la rue… !

- Bravo ! Tu reviens quand ?

- Sépatrop…

Un mois plus tard :

- Flux, Flux, m’entends-tu ? Je t’attends, tendue…

- Un spectacle en Alsace, puis on file en Allemagne. Ils sont fous de nous.

- Fabuleux! Et… je te revois quand ?

- Ça dépend des contrats, ouh là!

- La bise est venue…. Froid !

-  Tu es fort dépourvue, ha, ha ! Se marre le plombier qui avait des lettres. T’appelle dès que je sais quand on rentre en Bretagne, promis.

Éternelle litanie. Ne rappelle jamais, la fichue cigale ! BB se pend au téléphone. Elle appelle tellement souvent que son cas fait école chez les vendeurs de mobiles. Quand elle va chez son fournisseur de téléphones portables, il déroule le tapis rouge et l’appelle Madame.

À quelques temps de là, un matin. Gelée blanche sur les prés. Nuit noire. Température extérieure, -1°C. Température à l’intérieure de la case : 12°C ( avec le radiateur soufflant, force 8 sur le lit, la moitié de la nuit ). Température de l’eau au tuyau d’arrosage : 8°C. Un rendez-vous important. Belette ôte la nuisette et se frictionne dehors, en envoyant aux 100 000 diables les danseurs-plombiers et tous les empêcheurs de se doucher chaud.

Onglée et grosse rage. Une fois le rendez-vous terminé :

- Flux ?

- Ha… Tu verrais les vagues, ce matin devant chez moi, woua !

- Cela heurterait-il ton amour propre d’artisan si je faisais terminer le chantier par quelqu’un d’autre ? Attaque-t-elle, doucette.

- Ha ! Et bien Belette, ça ne se fait pas, ça. Non ! Ce n’est pas correct…

- Hmmm ?

- On a une déontologie dans le métier, vois-tu…

- Oh ?

- Évidemment ! Et puis le gars ne saura pas ce que j’ai en tête, tout ça. Non, je préfère finir le travail. Y’en a pour une journée, à peine !

- Dans ce cas, il va falloir que tu lâches ton tutu, ton surf et que tu viennes fissa me finir le bastringue, j’ai froiiiiiiiiid!

- … Dou calme.

- Demain, veux, veux pas, un autre plombier vient me faire un devis. Tu penses pouvoir passer avant?

- J’arrive.

Le hic, c’est qu’après tout ce temps passé à danser, il ne se souvient plus de rien, le Flux. Alors il fait des listes de choses à racheter. Qu’il oublie en partant. Il oublie aussi ses outils, peste contre ceux de Belette, qu’il casse en les utilisant à mauvais escient, et finit par aller en racheter d’autres avec des chèques en blanc de la brave bête aux pieds bleus.

Un beau jour, enfin un beau vendredi soir, une semaine et cinq jours pleins de travail après l’ultimatum décisif…

- Il est 16h, ouhhhh, faut que j’y aille, suis en retard. Lance Flux en pliant le chantier.

- C’en est où ? Grogne l’agente.

- Oh ! il ne manque qu’une petite heure de travail, à peine, et je te branche l’eau. On y est presque, Belette… On verra ça la semaine prochaine, hein ? Enfin la semaine suivante parce que je pars à Dublin danser mardi et lundi…

Belette ne le laisse pas finir sa phrase. Elle lui saute dessus avec une paire de menottes, un boulet et une chaîne à vélo. Atémi. Tsuki. Shironagé, Kama Sushi et tutti quanti. En 12s 15 » Flux est enchaîné au pilotis de la case. BB007 en cavalier de fer, les yeux crachant des flammes, grince :

- Au boulot !

- Très drôle, suis impressionné.

Chlaaaak !

Pour le panache, Belette a attrappé son fouet de l’outback australien, qui claque comme un Magnum. Fiiiizzzzz Chlak.

- T’es cinglée.

- Non, gelée.

- Arrête de faire ton cirque et enlève-moi ces trucs tout de suite, je file.

- Tu ne pars pas d’ici tant que l’eau ne coule pas dans la baignoire, le lavabo et l’évier. L’eau froide, OK, on verra le branchement du chauffe-eau quand tu reviendras de ta tournée internationale, mais je ne passe pas deux semaines de plus à me doucher dehors. Vu ?

- Vais porter plainte.

- Après si tu veux. Pour l’instant, on s’y remet ! Chlak.

Belette, pas chienne, lui fait « sipper » une gorgée de bière de temps en temps et assiste Flux dans son entreprise, le fouet glissé dans la ceinture. Ajuste, resserre, cavale, écoute dans les tuyaux où il souffle pour vérifier lequel c’est.

- Scalpel ?

- Voilà !

- Pince truc…

- La voici.

- Nan, l’autre !

Trois heures après, la bonne humeur est revenue sur le chantier et BB a désentravé en partie le Flux migrateur.

- Parée ?

- Affirmatif.

- C’est parti!!!!

Il tourne la vanne d’alimentation et… rien de fuit. Essaie des robinets un à un. Sans faute. Ainsi l’eau fut-elle.


23
nov 10

Prochain épisode…

Lundi 29 novembre 0h007.